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Les points communs des cultures

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La société de l'informatique en Europe. Un concept de politique culturelle entre la prétention et la réalité

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Email: Markus Warasin (Bureau européen des minorités linguistiques, Bruxelles)

"Si j'avais à le refaire, je commencerais par la culture et non par le fer et l'acier" avait dit, avant de mourir, Jean Monnet, le père de l'idée de la Communauté Européenne. Or, la Commission Européenne n'a inclu qu'en 1996 un premier rapport sur le fait de tenir compte des aspects culturels dans les activités de la Communauté. En fait, depuis cette date-là, on devait continuellement vérifier dans quelle mesure on respectait la dimension culturelle dans le droit de la communauté et dans les différentes politiques. Mais dans la pratique, très peu de choses ont évolué vu le budget insuffisant dont dispose la politique culturelle de l'Europe et vu le principe de subsidiarité qui donne aux responsables nationaux et régionaux la compétence de trancher pour les questions culturelles. Un grand nombre des mesures de soutien financier fut déversé ou se déverse dans des programmes comme Kaléidoscope, Ariane ou Raphael ou encore Culture 2000 qui visent certes à promouvoir des activités artistiques et culturelles de dimension européenne et essaient de protéger un patrimoine européen commun, mais il ne font preuve d'effet que sporadiquement, ne se font généralement guère remarquer et donnent l'impression que les moyens prennent l'aspect d!objectifs. Dans de telles conditions, la politique culturelle européenne est vouée à l'échec car elle ne se conforme pas à sa tâche centrale, à savoir construire une identité collective européenne et contribuer à l'orientation partielle de la réalité concrète et dépendante des valeurs de la société d'information.

L'Union Européenne, comme on peut le lire dans les sources respectives, est essentiellement une communauté d'intérêts d'ordre économique; il ne peut pas encore être question d'une commune identité culturelle. La logique économique exige son prix et relègue à l'arrière-plan la question des moyens d'atteindre une communauté culturelle. La société d'information européenne serait ainsi exclue en tant que facteur déterminant technologique.

Avec la création de l'UE, d'un point de vue de la philosophie du droit et de l'état, l'aspect d'une identité culturelle et politique gagne en importance.Dans ce contexte, les notions de "territoire de l'état", "pouvoir de l'état" et "peuple de l'état" sont les points décisifs qui orientent vers une visibilité d'une identité commune européenne. Depuis l'entrée en vigueur du traité de l'UE de 1993, il existe un territoire souverain et des domaines essentiels de la souveraineté nationale furent délégués au niveau européen et les accords entre états devinrent communautaires. Alors que les citoyens des états-membres n'étaient jusqu'alors considérés que comme des consommateurs ou des acteurs de la vie économique et sociale, ils jouissent désormais d'un statut de citoyen de l'Union qui comprend même un droit de protection consulaire dans un pays tiers. L'emblème européen, douze étoiles formant un cercle sur fond bleu azur, est devenu le symbole d'une Europe unie et de l'identité politique européenne. Malgré tous les efforts et toute l'euphorie, il semble qu'une identité communene se fasse que très lentement, si toutefois elle se réalise. En général, on tient pour responsable de cette situation le manque d'une opinion publique européenne.

La société d'information, en tant que vaste cadre de l'interaction sociale, des relations sociales et de la communication, est aussi le domaine d'une formation culturelle spontanée où la culture de la société peut êtrre considérée comme l'ordre vital en développement. La société et la culture se déterminent l'une l'autre et toutes deux sont dépendantes, en grande partie, de l'opinion publique. C'est justement l'absence de cette opinion publique européenne générale et la structure existant à sa place, faite d'pinions publiques nationales, régionales et locales, qui forment un obstacle majeur pour la formation et le développement d'une capacité de perception, d'expérience, d'expression et de compréhension, bref d'une identité ou encore d'une culture européenne.

En plus de ces réflexions de philosophie de droit et d'état, cela vaut la peine de prendre en considération la perspective d'une théorie complexe de la culture qui entend par culture non seulement un calendrier de manifestations telles que représentations, lectures publiques ou expositions, mais bien plutôt toutes les valeurs spirituelles et matérielles, produites par une société, et considérées par elle comme précieuses. Donc une culture conçue comme le trésor commun d'expériences et la totalité des formes de vie d'un groupe humain dont font partie la langue, les symboles, la religion, la morale, les notions de valeurs ou les interprétations. Dans ce contexte, la culture peut puiser dans le passé mais elle doit toujours être orientée vers l'avenir. Elle influence les personnes et en fait une communauté de destin avec une dimension passée et une future. Par ce biais, la culture devient le moment social permettant une socialisation et une unification. Les formes culturelles de la socialisation, qui sont nées au cours de l'histoire et dont font surtout partie aujourd'hui en Europe l'économie, la politique, le système juridique, les médias et les arts, peuvent contribuer - dans la mesure où elles ont une dimension européenne - à construiree une identité européenne commune et une conception commune de la culture.La culture ne gagne pas toute seule en accroissant le marché et les institutions; de même, les conditions culturelles d'une intégration sociale ne peuvent pas uniquement être données par l'économie ou une union économique. Les éléments culturels de la société d'information courent le danger à cause d'un réductionisme économique perceptible de devenir le foyer central de la crise à l'intérieur du processus d'unification européenne.

Le plus grand défi que l'UE devra régler sur le plan de la politique culturelle consiste dans le fait de trouver et de promouvoird'une part les points communs d'une Europe déjà hétérogène maintenant et encore plus diversifiée après l'élargissement sans pour autant exercer d'autre part une pression sur les représentants culturels régionaux ou nationaux. Il aura à promouvoir la communauté et le fait que les états-membres et les régions ne se considèrent pas en autarcie sur le plan culturel mais en tant que partie d'un ensemble auquel tous les citoyens d'Europe se sentent appartenir. L'UE sera donc le projet culturel le plus important du nouveau siècle. Il ne s'agira pas de construire une société d'information allemande, française ou italienne mais un espace d'information européen où Français, Allemands,Italiens et toutes les minorités se sentent chez eux.

La tâche de la politique culturelle européenne sera donc celle de toute société pluraliste, ouverte et démocratique, à savoir la promotion de ce qui unit et non pas de ce qui divise.

LES POINTS COMMUNS DES CULTURES